Ce weekend, je participais à un défi littéraire consistant à
lire 1000 pages du vendredi au dimanche.
En ce 13 novembre, 18h, j’allais entamer ma lecture de « La
cloche de détresse » par Sylvia Plath. J’étais peu consciente du monde autour
de moi tellement j’avais hâte de me plonger à nouveau dans l’univers de cette
charmante femme qui me passionne tant.
À ce moment, mon père, habituellement calme et joyeux, est
rentré du travail. Il était paniqué, alerté. « C’est quoi encore la criss de joke ? »
Je ne comprenais pas. Je voulais des explications.
Il m’a dit de regarder la télévision, car il se passait des
évènements atroces en France. À Paris. En plein centre-ville.
J’ai reposé mon livre immédiatement et je ne l’ai plus
retouché de la soirée.
Encore aujourd’hui, je ne comprends pas. Qu’est-ce qui peut
bien pousser des gens à commettre un massacre de la sorte ? À quoi bon s’attaquer
aux gens du Bataclan, aux amateurs de soccer dans le Stade de France et aux clients
d’un petit restaurant ?
« Au nom de la religion ! », entendons-nous un peu trop
souvent. C’est peut-être pour ça qu’aujourd’hui, il y a autant de personnes qui
sont athées. Comment la religion peut-elle donner envie à des hommes de devenir
des criminels, des meurtriers, des kamikazes ?
Je ne comprends pas. Et j’ai peur.
Ces Parisiens ne souhaitent rien d’autre que de passer un
bon moment en bonne compagnie et voilà que la plupart sont morts ou blessés. À
quoi bon ? J’ai besoin de savoir.
En ce moment même, mon frère est en voyage à Las Vegas.
Va-t-il revenir ? Est-ce dangereux pour lui de se promener librement en pleine
rue, de boire un verre avec des amis sur une terrasse ? Je ne sais plus quoi
penser du monde dans lequel nous vivons. Ces terroristes ont tout fait pour
infiltrer la peur sous la peau de millions de gens et j’ai peur qu’ils aient
réussi.
Dans les dix jours suivants les attentas, la France a
autorisé toutes les autorités françaises à entrer dans n’importe quels
bâtiments s’ils ont un quelconque doute sur un individu. Je suis heureuse d’apprendre
que ce pays n’a pas peur de prendre des décisions radicales afin d’arriver à
ses fins. Ils doivent trouver ces monstres et ils y parviendront.
D’ici là, que pouvons-nous faire à part souhaiter que ce
carnage soit le dernier ? Cependant, autant optimiste que je puisse l’être, j’ai
cette vilaine impression que la Troisième guerre mondiale est en cours et que
personne ne semble s’en apercevoir.
Qu’est-ce qui fait qu’un soir de novembre, certains sont
restés chez eux alors que d’autres ont eu envie de sortir ?
Qu’est-ce qui fait qu’un soir de novembre, je me trouvais
dans ma petite maison beauceronne et pas à Paris ?
Qu’est-ce qui fait que je sois vivante alors que tant d’autres
sont morts à l’heure où j’écris ces lignes ?
Le destin, peut-être. Mais je n’y crois pas.
Alors que me reste-il comment choix de réponses ?
En fait, je sais. Tout ce qu’il me reste,
c’est la crainte de vivre librement.