samedi 14 novembre 2015

La crainte de vivre librement

Ce weekend, je participais à un défi littéraire consistant à lire 1000 pages du vendredi au dimanche.
En ce 13 novembre, 18h, j’allais entamer ma lecture de « La cloche de détresse » par Sylvia Plath. J’étais peu consciente du monde autour de moi tellement j’avais hâte de me plonger à nouveau dans l’univers de cette charmante femme qui me passionne tant.
À ce moment, mon père, habituellement calme et joyeux, est rentré du travail. Il était paniqué, alerté. « C’est quoi encore la criss de joke ? »
Je ne comprenais pas. Je voulais des explications.
Il m’a dit de regarder la télévision, car il se passait des évènements atroces en France. À Paris. En plein centre-ville.
J’ai reposé mon livre immédiatement et je ne l’ai plus retouché de la soirée.

Encore aujourd’hui, je ne comprends pas. Qu’est-ce qui peut bien pousser des gens à commettre un massacre de la sorte ? À quoi bon s’attaquer aux gens du Bataclan, aux amateurs de soccer dans le Stade de France et aux clients d’un petit restaurant ?

« Au nom de la religion ! », entendons-nous un peu trop souvent. C’est peut-être pour ça qu’aujourd’hui, il y a autant de personnes qui sont athées. Comment la religion peut-elle donner envie à des hommes de devenir des criminels, des meurtriers, des kamikazes ?

Je ne comprends pas. Et j’ai peur.
Ces Parisiens ne souhaitent rien d’autre que de passer un bon moment en bonne compagnie et voilà que la plupart sont morts ou blessés. À quoi bon ? J’ai besoin de savoir.

En ce moment même, mon frère est en voyage à Las Vegas. Va-t-il revenir ? Est-ce dangereux pour lui de se promener librement en pleine rue, de boire un verre avec des amis sur une terrasse ? Je ne sais plus quoi penser du monde dans lequel nous vivons. Ces terroristes ont tout fait pour infiltrer la peur sous la peau de millions de gens et j’ai peur qu’ils aient réussi.

Dans les dix jours suivants les attentas, la France a autorisé toutes les autorités françaises à entrer dans n’importe quels bâtiments s’ils ont un quelconque doute sur un individu. Je suis heureuse d’apprendre que ce pays n’a pas peur de prendre des décisions radicales afin d’arriver à ses fins. Ils doivent trouver ces monstres et ils y parviendront.

D’ici là, que pouvons-nous faire à part souhaiter que ce carnage soit le dernier ? Cependant, autant optimiste que je puisse l’être, j’ai cette vilaine impression que la Troisième guerre mondiale est en cours et que personne ne semble s’en apercevoir.

Qu’est-ce qui fait qu’un soir de novembre, certains sont restés chez eux alors que d’autres ont eu envie de sortir ?
Qu’est-ce qui fait qu’un soir de novembre, je me trouvais dans ma petite maison beauceronne et pas à Paris ?
Qu’est-ce qui fait que je sois vivante alors que tant d’autres sont morts à l’heure où j’écris ces lignes ?

Le destin, peut-être. Mais je n’y crois pas.
Alors que me reste-il comment choix de réponses ?

En fait, je sais. Tout ce qu’il me reste,
c’est la crainte de vivre librement.

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