mercredi 28 octobre 2015

La vie hors de mon assiette



Je reviens tout juste de chez ma mère et j’ai mangé un bon spaghetti avec une sauce à la viande. Personne ne sait mieux qu’elle comment réussir cette recette. J’en suis fan depuis mon plus jeune âge. Pourtant, c’était la dernière fois que j’y goûtais. Depuis plusieurs semaines déjà, je pense à faire le pas vers le végétarisme.

« Ha Ha. Bien sûr ! Et tu comptes passer le restant de ta vie à manger des légumes ? »

Oui, c’est ça. Je vais passer le reste de mes jours à manger des légumes. Des pâtes aussi, du quinoa, du riz. Des fruits. Des noix et des graines. Du pain, des céréales. Et il y a les viandes végétariennes. De toute façon, le corps humain n’est pas fait pour manger de la viande. Nous possédons des canines, certes, mais elles ne sont pas développées comme celles d’un animal carnivore et notre système digestif ressemble davantage à celui d’un herbivore. ¹

« Bon, si tu le dis… Mais le goût de la viande va te manquer, c’est certain. »

Oui, le goût de la viande va me manquer. Un bon poulet avec du riz, un steak cuit sur le barbecue. Oui, tout cela va me manquer. Cependant, je refuse de continuer à vivre en mangeant des animaux. Parce que, pour moi, ce n’est pas seulement une pièce de viande fraiche. C’est avant tout un être vivant avec une âme et des sentiments.

« Alors, tu le fais pour les animaux ? C’est un peu exagéré… Moi aussi, j’aime les animaux, mais je n’arrêterai pas de manger de la viande pour autant. »

Je le fais pour les animaux, car les voir souffrir me déchire en deux. Quand je croise un camion de porcs ou de petits poulets sur la route, j’ai envie de fermer les yeux pour ne pas avoir à voir ça. Parce que je sais où ils s’en vont et parce que je sais qu’ils en sont conscients aussi. Après, je pense aux chauffeurs de ces camions-là et je ne comprends pas comment ils arrivent à dormir la nuit. Franchement, non, je ne comprends pas du tout.

Avec le temps, j’ai fait la connaissance de plusieurs animaux puisque la famille de mon chum possède une ferme. Son père y travaille. Et son grand-père y travaillait bien avant. Les fermes agricoles, peu importe ce que les gens en disent, elles exploitent les animaux… Pour cette raison, mon chum n’a pas l’intention de reprendre la ferme et, dans un sens, je lui en suis grandement reconnaissante.

Parce qu’une fois, j’ai vu un petit veau venir au monde.

Depuis ce temps, c’est mon veau. Ma taure. Ma vache. Et j’ai choisi son prénom : Belle. Quand je vais la voir, elle me reconnaît. Je le sais parce que je le vois dans ses yeux. Elle ne fait confiance qu’à moi. L’hiver dernier, à chaque occasion que j’avais, je lui passais un harnais rouge autour du cou et je la sortais à l’extérieur. Je ne l’ai jamais vu aussi heureuse.

Mais je sais aussi qu’un jour, elle partira. Cinq ans, pas plus, qu’il m’a dit, mon beau-père. Et ça, c’est si c’est une « bonne » vache. Cinq ans. C’est trop court. Au moins, je me dis qu’avec moi, elle a reçu une grande dose d’amour. Avec moi, elle a pu revoir sa mère. Peut-être que c’est idiot, peut-être que je suis trop sensible, mais ma vache, je l’aime. Peut-être, si je peux, j’essaierai de trouver un moyen pour la garder. Cependant, je suis certaine d’une chose : je refuse qu’elle se retrouve dans mon assiette.

« Oh… Je comprends mieux maintenant. »

Voilà.
J’aime la viande.
Mais je préfère les animaux.



¹ http://www.carevox.fr/nutrition-regimes/article/sommes-nous-faits-pour-manger-de

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